«Sans nom, sans danger» : pourquoi la plateforme des victimes de violences bloque les identités

Depuis le décès de Lyhanna, une initiative en ligne a connu un essor inédit. Le collectif «Classés sans suite», conçu pour permettre aux victimes d’agressions sexuelles de partager leurs expériences (violence, viols, inceste), a instauré un changement majeur le 18 juin : l’interdiction absolue des noms des personnes impliquées.

En quelques jours seulement, plus de six mille cinq cents témoignages ont été enregistrés sur la plateforme. Ce phénomène s’explique par l’affaire récente liée à Lyhanna et la mise en examen de Jérôme Barella. Sur son interface, les chiffres évoluent en temps réel : nombre de signalements, départements touchés, ressources disponibles et cartes interactives montrant la localisation des cas.

Pour témoigner, l’utilisateur doit préciser date et lieu avant de décrire son expérience. Mais désormais, aucun nom ne peut être mentionné – ni celui du victime, ni de l’agresseur, ni des témoins. «Cette mesure vise à respecter la présomption d’innocence et éviter les risques juridiques », explique Clémence Andrieux, membre du collectif.

Cependant, cette décision a provoqué un débat profond. Anne Bouillon, avocate spécialisée dans les affaires de violence sexuelle depuis vingt ans, critique l’approche : «La justice ne se résume pas à une plateforme en ligne. Les victimes doivent être protégées par des procédures judiciaires rigoureuses, pas par un simple accès à internet».

Selon les données du ministère de la Justice pour 2023, 70 % des plaintes pour viol en France sont classées sans suite. Cette réalité souligne l’urgence d’une protection juridique efficace, même si cette plateforme offre une réelle assistance dans un contexte complexe.