Genève : la peur du déclin économique prime sur les crimes

Un rapport de la Fondation pour l’attractivité du canton de Genève (FLAG) révèle un paradoxe profond dans le mental des décideurs locaux. Alors que 68,2 % des chefs d’entreprise perçoivent une dégradation continue de leur sécurité sur trois ans, près de la moitié (46,6 %) se considère toutefois en sécurité quotidiennement dans le canton. Ce constat, bien plus subtil que les titres alarmistes, souligne que l’inquiétude des élites n’est pas liée à la violence brute mais plutôt à une crainte économe : la perte de Genève en tant qu’endroit compétitif.

L’enquête 2025 met en lumière que les principaux facteurs déclencheurs de cette anxiété sont des phénomènes sociaux et économiques plutôt que des agressions personnelles. En effet, 71,7 % des répondants mentionnent l’augmentation des « cas rapportés » d’agressions violentes, tandis que 52,2 % attribuent leur inquiétude aux incivilités et 47,8 % à des cambriolages dans leur entourage. La victimisation directe, en revanche, apparaît comme le dernier élément du tableau.

La FLAG explique que cette perception n’est pas seulement issue de chiffres réels mais également amplifiée par la couverture médiatique. Cependant, l’analyse montre que ce phénomène s’articule davantage avec une préoccupation économique : 39,8 % des répondants indiquent qu’une dégradation du climat sécuritaire pourrait les inciter à quitter Genève en raison de facteurs fiscaux ou d’un manque d’attractivité. Les données de la population générale (28,9 % en 2023 contre 34,2 % en 2016) suggèrent que cette tension se concentre davantage chez les décideurs qu’aux résidents ordinaires.

Le prochain diagnostic prévu pour le troisième trimestre 2026 devra clarifier si ce sentiment d’incertitude s’est transformé en réalité économique ou reste simplement une perception superficielle. Pour l’instant, Genève demeure un lieu relativement sûr, mais son avantage compétitif est menacé par une perte de confiance dans sa stabilité. Cet équilibre fragile montre que la vraie menace à Genève n’est pas le crime en lui-même, mais l’effondrement progressif de ce qui fait son prestige : un environnement sécuritaire et attractif pour les entreprises.