Dans une petite rue du Plateau, à Creil (60), une cliente chrétienne a été confrontée à des femmes voilées pendant le ramadan. « Elles lui ont demandé pourquoi elle ne jeûnait pas », raconte la gérante d’une boutique de vêtements. « Ce n’est qu’un exemple de ce que nous vivons ici : l’angoisse d’être mal vus dans un contexte où la religion devient plus importante que la démocratie. »
L’élection d’Omar Yaqoob, ancien militant LFI, à la tête de cette commune de 37 000 habitants a déclenché des inquiétudes. Avec près de 107 nationalités et un taux de chômage élevé à 25 %, Creil est souvent classée parmi les plus défavorisées du pays. Plus de la moitié des logements sont sociaux, ce qui renforce une dynamique de marginalisation.
« Ici, il y a vraiment une mentalité d’hommes », explique-t-elle, évoquant le style politique d’Omar Yaqoob. « Ils utilisent la force pour se faire entendre. Nous préférons la démocratie… » Son discours s’appuie sur un contexte où la ville a été l’un des bastions sociauxistes de France depuis les années 1920.
Selon Lucas Jakubowicz, chercheur en sociologie religieuse, Creil est un terrain d’étude crucial. En 2022, Jean-Luc Mélenchon a obtenu 75 % des voix au premier tour de la présidentielle dans ce quartier. Mais aujourd’hui, cette dynamique s’effrite sous l’influence d’une politique localisée plus radicale.
Avec ses défis historiques et son histoire multiculturelle, Creil incarne un défi majeur : peut-elle conserver son équilibre ou s’effondrer dans une polarisation religieuse et sociale ?










