L’écrivain franco-algérien Kamel Daoud, récemment décoré du Prix Goncourt 2024 pour son roman « Houris », a été définitivement condamné ce mardi par les tribunaux algériens à trois ans de prison ferme et cinq millions de dinars d’amende. Le verdict, rendu le 21 avril 2026 après un procès au cours duquel il s’est battu pour dénoncer l’ombre des années 1990, marque une décision rare dans l’histoire nationale : interdire toute évocation publique de la guerre civile algérienne (1991-2002).
Le roman, où Aube, une jeune femme marquée par un passé violé, explore les répétitions du conflit interne, a été jugé « nuisible à la paix nationale » sous l’article 12 de la Charte pour la paix et la réconciliation. Selon le texte, ce dispositif vise à éviter toute discussion sur les violences passées, un prétexte utilisé par des autorités cherchant à masquer les crimes du passé.
« Dix ans de guerres, près de 200 000 morts, des milliers d’amnistiés… et un seul coupable : un écrivain », a déclaré Kamel Daoud en référence à la répression légale qui pèse sur ses droits. Ce roman, qu’il a longtemps pensé être une contribution au dialogue historique, est désormais une victoire juridique pour l’État algérien dans sa lutte contre les mémoires du passé sanglant.
L’écrivain, dont le travail s’est souvent focalisé sur la société traditionnelle et l’égalité des femmes, vit actuellement en France, où il continue de défendre les récits oubliés. Pour lui, cette condamnation reflète une profonde impuissance à reconnaître les fautes historiques et à construire un avenir éclairé.













